
Au-delà de l’acceptabilité, comment construire une véritable appropriation locale ? Gouvernance partagée, retombées économiques, projets citoyens .... Décryptage lors de la plénière de EnerGaïa, le forum des ENR, des leviers qui transforment les ENR en projets de territoire.
Partout en France, les projets d’énergies renouvelables se développent… et parfois les tensions aussi.
Le terme d’acceptabilité ne suffit plus. Comme le résume Pascale Courcelle, administratrice de France Renouvelables et directrice du financement de l’énergie à BPI FRANCE, « on ne parle plus de faire tolérer un projet, mais de reconstruire un rapport de confiance ». Car les erreurs passées, notamment le manque de concertation, ont laissé des traces. Résultat : un parc ENR devient « presque un voisin », et « s’il est perçu comme lointain ou indifférent, l’adhésion ne peut pas exister », constate Pascale Courcelle.
Rendre les projets utiles et visibles
Le basculement se fait lorsque le projet devient concret.
À Saint-Bauzille-de-Montmel, la maire Françoise Matheron a fait le choix d’installer des ombrières photovoltaïques sur des équipements publics. « Ce ne sont pas des équipements qui prennent l’espace : ils le valorisent », explique-t-elle. Ombre, confort, usage… les habitants voient immédiatement l’intérêt.
Et l’impact est aussi économique : « Nous récupérons près de 2 millions d’euros d’équipement pour une commune de 1 200 habitants », avec une production couvrant « près de 30 % des besoins énergétiques ».
Partager la valeur pour changer le regard
Encore faut-il rendre visibles les bénéfices.
Les ENR génèrent des centaines de millions d’euros pour les territoires, mais cela reste abstrait. « Si le maire ne dit pas clairement que la rénovation de l’école est financée grâce au parc éolien, personne ne peut le deviner », rappelle Pascale Courcelle.
Rendre cette valeur visible change tout : les ENR deviennent alors « des moteurs visibles de services publics ».
Au-delà des taxes : impliquer les territoires
Pour les élus, la fiscalité ne suffit plus.
Frédéric Ichard, maire de Lacapelle-Ségalar et Vice-président du syndicat en charge de la transition énergétique du Tarn, est clair : « la fiscalité est utile, mais insuffisante ». Ce que veulent les collectivités, c’est « être autour de la table, comme actionnaire ». Entrer au capital permet de peser, de capter la valeur et d’ancrer le projet localement.
Et cela sécurise aussi les projets : « une collectivité embarquée, c’est un projet qui avance ».
Faire des habitants des acteurs
Le changement le plus profond concerne la gouvernance.
Pour Jean-Baptiste Boyer, co-président d’Énergie Partagée, « on parle encore trop d’acceptabilité, comme s’il suffisait de compenser par de l’argent ». Il faut passer « d’une logique de compensation à une logique d’appartenance ».
Quand habitants et élus deviennent coproducteurs, « la valeur est créée collectivement ». Et les effets sont concrets : « nous avons pu financer 24 chauffe-eau pour des familles en précarité énergétique ».
Redonner du sens à la transition
Au fond, tout se joue dans le sens donné aux projets.
Les habitants veulent comprendre et voir les bénéfices. « Les flux fiscaux sont mal compris », rappelle Frédéric Ichard, alors même que « les ENR permettent d’éviter des hausses d’impôts ».
D’où l’importance de projets lisibles, utiles et ancrés dans le quotidien. Comme le souligne Françoise Matheron, « il faut expliquer ce que l’on fait et pourquoi ».
Des ENR comme projets de territoire
Ce que montre cette table ronde, c’est un basculement clair.
Les ENR ne peuvent plus être des projets techniques. Elles doivent devenir des projets de territoire.
Car, comme le résume Jean-Baptiste Boyer, « produire plus d’énergie n’a de sens que si cela répond à un besoin territorial identifié ».
Le partage de la valeur n’est plus un plus. C’est la condition pour passer de la tolérance… à l’adhésion.
A bientôt pour un prochain retour sur événement
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Journaliste & modérateur d’événements
Energie| climat | inclusion | numérique | transition & mutation des territoires
